![]() "Le merveilleux voyage de Grace Jones", avec portrait du donateur |
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94 rue de la Poterie-77720 La Chapelle-Gauthier
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Je
ne conçois point qu'une âme que Dieu a voulu remplir de l'idée
de son être infini, et souverainement parfait, doive être
anéantie.
La Bruyère, Les Caractères, XVI, 42 |
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Quadrature
du rêve
Quoi de plus simple que d'opposer comme devant s'affronter, à l'entier bénéfice du néant, les poussées philosophiquement adverses de l'Idée, du rêve du monde sur le monde, du fantasme, de la vision, de la prière, de leur énergie propre, de leur virtù, sur un espace domestiqué dans l'a priori de sa ductilité et de cet espace, rétif, sauvage, frondeur, aporie erratique et mouvante d'un « système du rêve » ? L'apparente
fixité des propositions gisantes de l'oeuvre de Bernadette
Février marque sans doute une victoire du cadre sur l'abondance
torrentueuse des rêves : rêve endogène, sémantique
intime, teratologie d'un noir rideau d'enfant la nuit mais rêve
culturel, humaniste, flux digéré des imageries ancienne
et moderne, maçonneries d'enluminures vues, anagogie aux vitraux
qui disent, déjà, l'essentiel. Cest que la fixité est ici la résultante minée d'une psychomachie en cours : qu'on y prête attention et le trait s'affole, le plan s'évase, le pan déchiré bave, de l'hiératique en stuc des belles têtes coule une larme, des oeils des masques sourd la poudre qu'on respire, le pied est collé sur un doute, la bouche ouvre sur deux gestes peints ennemis également abandonnés; sous les os faisant un grand front courageux vit la blancheur de toute couleur courant, les chairs sont des eaux claires sous quoi bougent le vent et ses dunes, le monstre est un chapitre du vent. La
vie du rêve perce comme un jour sous son système. Cette
peinture-là n'est pas en butte à l'ubris par lequel on
machine de la vie éternelle. Elle veut dire l'échappement éternel
de la vie à la forme. L'Art peut bien procéder d'une volonté de
mise au pas d'un néant impétueux; il peut bien être
facteur de mort en tant que facteur de nombre; mais le nombre, l'harmonie,
alors, sont, volens nolens, en retour, vecteurs d'accès à une
liberté supérieure, à une supériorité libre
du vivant qui est sans cause sans ordre et sans fin. L'acte de peindre
est ici tension épiphanique assumée et domptée :
il se fait continent processus de révélation d'un éternel
devenir, il arrête le regard sur l'étape d'une figure pour
l'inviter à emprunter avec elle le grand chemin qui la dissout. Quelques vagues traits de vague et d'oiseaux, en somme, ici, balaient la mer et le ciel comme des cordes lancées pour qu'on y passe. Le peintre peint les dormeurs immobiles en quoi respirent, à leur main inconnue, des mondes. Loin de lui l'idée de conférer l'éternité à ce qui n'est pas forme mais mouvement, présence mais devenir. Il est le passeur dont l'impuissance à faire le temps, aliénée dans des formes du temps, désigne le temps.
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